Ce matin du 21 mai 2026, @alexandre_bompard, patron de @Carrefour était sur France Inter et dit en substance « les grands distributeurs ont une marge nette de 1% inférieure aux autres acteurs de la chaîne de valeur, ce n’est pas à nous de faire des efforts. » Le chiffre est vrai, l’argument spécieux. En effet, comparer le résultat net de #business_model différents revient à comparer des pommes et des briques de lait. Un indicateur bien plus intéressant est le retour sur capital employé (ou ROCE, Return On Capital Employed) soit l’EBIT/ capitaux employés. Autrement dit la rentabilité par Euro investit.
Les discussions auxquelles nous assistons sur le réseau social agricole @Agri2050 montrent que les questions sur le modèle économique agricole sont au cœur du sujet. Cet article essaie donc de faire un tour d’horizon de la chaîne de valeur agro-alimentaire sous l’angle du ROCE. Cette chaîne de valeur française révèle une distribution profondément asymétrique de la rentabilité économique. L’analyse du Return on Capital Employed sur la période 2022–2023 met en évidence trois réalités structurelles :
- La grande distribution indépendante capte la meilleure rentabilité relative (ROCE ~15 %), bénéficiant d’une faible immobilisation d’actifs (locaux loués) et d’un fort pouvoir de négociation.
- Les industriels agroalimentaires (IAA) affichent une rentabilité moyenne (ROCE ~10 %), fragilisée par des marges nettes sous 4 % et une pression structurelle en amont comme en aval.
- L’amont de la chaîne — agriculteurs et coopératives de collecte — supporte une intensité capitalistique élevée pour une rentabilité systématiquement inférieure au coût du capital. Mais cette moyenne cahce d’énormes disparités de business model et donc de performance économique : les grands groupes coopératifs industrialisés (Tereos, InVivo, Agrial) affichent des ROCE de 10 à 18 %, comparables aux IAA privées, dissimulés derrière une architecture de filiales opaques.
La chaîne de valeur est schématisée ainsi :
- Fournisseurs des agriculteurs (représenté ici par les fournisseurs d’engrais, d’autres choix comme les machines sont aussi possibles)
- Agriculteurs (là encore d’énormes disparités existent comme on le verra)
- Coopératives
- Industries agro-alimentaires
- Grande distribution
Les disparités sont mises en avant. Les moyennes ne représentant jamais les cas particuliers.
Tableau de synthèse : ROCE par maillon (2023)
| Maillon de la chaîne | ROCE estimé (EBIT / CE) | Fourchette observée | Intensité en capital | Remarques clés |
| Fabricants d’engrais | 8 – 22 % | Très cyclique | Très élevée | Pic 2022 (crise Ukraine) ; recul 2023 |
| Agriculteurs | 2 – 8 % | Faible et volatile | Élevée (foncier + matériel) | Subventions PAC essentielles ; RCAI moyen ~42 k€ (2023) |
| Coopératives agricoles | 3 – 18 % | Faible à élevée | Élevée | EBITDA/CA ~3,3–4,4 % ; modèle de redistribution aux membres |
| Industriels agroalimentaires | 8 – 14 % | Modérée | Modérée | ROCE moyen IAA France : 10,2 % en 2023 ; lois Égalim favorables |
| Grande distribution indép. | 12 – 18 % | Élevée | Faible (actifs loués) | Leclerc, Intermarché, Système U : ROCE ~14,9 % (2023) |
| Grande distribution intégrée | −5 % à 4 % | Très faible voire négative | Très élevée | Carrefour +4,1 % ; Casino −35,9 % ; Auchan −3,1 % (2023) |
Sources consolidées : HCCA, Agreste/RICA, ANIA/Banque de France (2026), Presse Agence (oct. 2025), Eulerpool, rapports annuels Yara International, Carrefour Group.
Analyse par maillon de la chaîne
1. Fabricants d’engrais — ROCE 8 à 22 % (très cyclique)
Les producteurs d’engrais constituent le maillon le plus capitalistique de la chaîne, avec des actifs industriels lourds (usines de synthèse d’ammoniac, d’urée, de phosphates) et une dépendance forte au prix du gaz naturel comme matière première.
@Yara_International, leader mondial des engrais azotés et principal acteur en Europe, illustre parfaitement la cyclicité extrême de ce segment :
- 2022 : ROCE ~22 % — pic historique porté par la flambée des prix après l’invasion de l’Ukraine et les perturbations d’approvisionnement en gaz et en engrais russes. Yara a dégagé un bénéfice net record de ~1,6 Md$ sur l’exercice.
- 2023 : ROCE estimé à 4–6 % — la normalisation des prix des engrais, combinée à la concurrence russe bénéficiant d’un gaz bon marché, a fortement comprimé les marges. Le chiffre d’affaires du groupe est passé de 23,9 Md$ (2022) à 15,5 Md$ (2023).
Pour les producteurs européens (dont les sites français de Yara à Gonfreville-l’Orcher et de TotalEnergies à La Mède), le coût énergétique représente 70 à 80 % des coûts variables, ce qui explique la compression des marges en période de baisse des prix de vente sans baisse proportionnelle des coûts.
Sources : Rapports annuels Yara 2022–2023, Yahoo Finance, Eulerpool.
2. Agriculteurs — ROCE estimé 2 à 8 %
L’agriculture française est le maillon le plus intensif en capital de la chaîne au regard du revenu généré. Une exploitation céréalière moyenne mobilise entre 500 k€ et 2 M€ de capital (foncier, matériel, stocks) pour des revenus courants souvent inférieurs à 60 000 € par actif. Cela explique aussi le fort taux d’endettement des agriculteurs.
Le Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA), enquête harmonisée pilotée par le ministère de l’Agriculture (Agreste), fournit les données de référence :
- 2022 : Excédent Brut d’Exploitation (EBE) moyen par ETP non salarié : 84 080 € (+16,9 % vs 2021). Résultat Courant Avant Impôt (RCAI) : 56 010 €/ETP (+28,2 %). Année exceptionnelle portée par la hausse des prix agricoles malgré la flambée des intrants.
- 2023 : EBE moyen en recul de 25,7 % à 66 450 €/ETP. RCAI en baisse de 11 % en termes réels. Repli des prix végétaux (−10,1 %), maintien partiel des prix animaux (+7,9 %).
Le ROCE agricole dépasse rarement 8 % et se situe structurellement en deçà du coût du capital (estimé à 7–10 % pour des actifs agricoles), ce qui explique la dépendance aux aides PAC (25 à 40 % du revenu net selon les filières) et le phénomène de sous-investissement chronique.
Sources : Agreste – RICA 2022 et 2023 ; Commission des Comptes de l’Agriculture, déc. 2023 ; INRAE (fév. 2024).
3. Coopératives agricoles — Un spectre de 1 % à 18 % selon le modèle réel
Les coopératives agricoles représentent en 2023 environ 27 % du chiffre d’affaires des IAA françaises (125 Md€), avec 1 341 entités dont 123 grandes entreprises ou ETI. Leur ROCE apparent de 3 à 6 % — fréquemment cité — est une moyenne sectorielle qui masque des réalités très hétérogènes. Une lecture approfondie, notamment à partir des états financiers IFRS des grands groupes coopératifs, révèle que les plus grandes structures opèrent désormais avec une rentabilité comparable à celle des industriels privés.
3.1 Le chiffre de 3–6 % : valable pour les coopératives de collecte de premier niveau
Cette fourchette s’applique aux coopératives céréalières de collecte et d’approvisionnement (silos locaux, coopératives polyvalentes de territoire), pour lesquelles le HCCA publie ses statistiques agrégées. Les chiffres sont établis : marge EBITDA stable à 3,31 % en 2023, capacité d’autofinancement/CA à 1,64 %, ratio dettes nettes/fonds propres grimpant de 75 % (2018–2019) à 94 % (2023–2024). Ces structures redistribuent quasi intégralement la marge aux coopérateurs via le prix de collecte.
3.2 Les grands groupes coopératifs industrialisés : un ROCE de 10 à 18 %
La réalité change radicalement pour les 20 à 30 groupes coopératifs ayant développé des filiales industrielles de droit privé. Le cas de Tereos, seul grand groupe coopératif à publier des comptes consolidés en IFRS avec une transparence suffisante, est emblématique :
- Exercice 2022/23 : EBIT récurrent = 664 M€ ; total actif = 7 324 M€ ; passifs courants = 2 662 M€ → capitaux employés ~4 662 M€ → ROCE calculé : ~14 %.
- Exercice 2023/24 : EBIT récurrent = 836 M€ (hausse de 26 %), EBITDA ajusté = 1 128 M€, CA = 7,14 Md€. Résultat net : 448 M€ (contre 161 M€ l’exercice précédent). ROCE estimé : 17–18 %.
- Tereos opère des sucreries en France, en République Tchèque, au Brésil et en Indonésie. Sa filiale brésilienne Tereos Açucar e Energia Brasil traite 21 millions de tonnes de canne à sucre par an. Ce n’est pas un modèle coopératif au sens classique — c’est un groupe sucro-alcoolier mondial.
Des profils comparables peuvent être estimés pour @Agrial (marques Florette, Soignon, Père Dodu ; CA ~7 Md€), @InVivo (CA ~11,7 Md€ incluant les activités de négoce Soufflet), et @Cooperl_Arc_Atlantique (première coopérative porcine française). Ces groupes ne publient pas leurs ROCE mais leurs filiales de transformation fonctionnent selon des logiques industrielles standard.
3.3 Le mécanisme de dissimulation : la structure en filiales
Toutes les grandes coopératives ont développé des filiales de droit privé (SAS, SA) pour leurs activités de transformation, de marques et d’export. Ces filiales :
- dégagent une rentabilité comparable aux IAA privées, consolidée dans le bilan groupe sans détail par entité ;
- bénéficient d’une opacité comptable que ne connaît pas un groupe coté ;
- permettent à la maison-mère coopérative d’afficher un ROCE faible, sa « marge » étant officiellement le prix de collecte versé aux membres.
La réglementation permet en outre aux coopératives d’échapper partiellement à l’impôt sur les sociétés sur les activités réalisées avec leurs membres. Un EBIT coopératif non fiscalisé est structurellement supérieur à un EBIT privé équivalent après IS — ce qui biaise encore la comparaison au détriment des IAA privées.
3.4 Qui capture la valeur dans le modèle coopératif industrialisé ?
Le paradoxe documenté est le suivant : la valeur créée par les filiales profite principalement aux dirigeants salariés (rémunérations de marché privé : certains directeurs généraux émargent à plus de 250 000 € par an selon le sondage Dirca 2018) et à la croissance externe, davantage qu’aux agriculteurs adhérents. Ces derniers perçoivent essentiellement le prix de collecte de leur matière première — structurellement bas. Un agriculteur touche environ 4,50 € sur 100 € de valeur finale d’un produit, les coopératives et la grande distribution en capturant 70 €.
3% des coopératives agricoles concentrent 85 % de la production et ont des pratiques économiques indistinguables de celles des multinationales agroalimentaires. Le mouvement de concentration en cours (fusion Agrial-Terrena en discussion pour créer un groupe à 12 Md€ de CA) amplifie cette dynamique.
3.5 Synthèse : trois niveaux, pas deux
| Catégorie | ROCE estimé | Exemples | Logique dominante |
| Coopératives locales de collecte / appro | 1 – 4 % | Silos locaux, coops laitières de proximité | Redistribution intégrale aux membres. Pas de filiales. |
| Grandes coopératives polyvalentes (branches agri) | 4 – 8 % | Axéréal, Dijon Céréales, Agrial (branche agri) | Tension entre marge et prix coopérateur. Début de filialisation. |
| Groupes coopératifs industrialisés à filiales | 10 – 18 % | Tereos, InVivo, Agrial (consolidé), Cooperl | IAA privées de facto. Statut coopératif = avantage fiscal et opacité comptable. |
Sources : États financiers consolidés IFRS Tereos (exercices 2022/23 et 2023/24) ; HCCA données céréalières jan. 2025 ; Usine Nouvelle (mai 2025) ; Terre-net / The Conversation (fév. 2026) ; Bastamag – enquête coopératives agricoles ; Assemblée nationale, amendement CF873 (données Dirca 2018 sur rémunérations dirigeants) ; Nicolas Legendre, « Silence dans les champs » (prix Albert-Londres 2023).
4. Industriels agroalimentaires (IAA) — ROCE ~10 %
Le secteur des IAA constitue la première industrie française avec environ 460 Md€ de chiffre d’affaires. L’@ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires) a publié en janvier 2026, sur la base d’une étude de la Banque de France portant sur 13 533 entreprises du secteur (2018–2024), un constat alarmant : la rentabilité structurelle du secteur reste fragile.
- ROCE moyen 2023 : 10,2 % (contre 7,7 % en 2019, avant le bénéfice des lois Égalim).
- Marge courante avant impôt : 3,8 % du CA (vs 7,1 % pour l’industrie manufacturière en général).
- Marge nette : 3,5 % (vs 5,8 % pour l’industrie manufacturière).
L’hétérogénéité est forte : les grandes ETI (CA > 250 M€) affichent un ROCE de 14 %, tandis que les PME de moins de 10 M€ présentent désormais un ROCE négatif. L’ANIA signale également 13 fermetures nettes de sites industriels au 1er semestre 2025 — un renversement historique.
Sur la filière laitière, @Danone affiche un ROIC à deux chiffres retrouvé en 2024 après restructuration, tandis que les coopératives laitières (@Sodiaal, @Lactalis) maintiennent des marges plus contraintes.
Sources : ANIA / Banque de France (jan. 2026) ; Processalimentaire.com ; Danone Annual Results 2024.
5. Grande distribution — de −36 % à +18 % selon le modèle
La grande distribution française présente le profil le plus contrasté de toute la chaîne, avec une fracture nette entre les deux modèles organisationnels :
Distribution indépendante (franchisés et adhérents) : @Leclerc, @Intermarché, @Système_U
- ROCE 2023 : 14,9 % en moyenne — le meilleur de toute la chaîne.
- Progression de 3,9 points depuis 2019, portée par la rotation rapide des actifs (foncier loué, stocks optimisés) et le fort pouvoir de négociation en centrale d’achat.
- Le modèle associatif (les adhérents portent le risque commercial) permet un effet de levier sur les capitaux sans immobilisation au niveau de la tête de réseau.
Distribution intégrée : @Carrefour, @Auchan, @Casino
- ROCE moyen 2023 : −4,9 % (moyenne pondérée plombée par Casino et Auchan).
- Carrefour : +4,1 % — son meilleur niveau depuis 2015, grâce à la stratégie de franchisation de supermarchés et la cession d’actifs non stratégiques. ROC France 2024 : 1 042 M€ (marge 2,6 %).
- Auchan : −3,1 % (difficultés structurelles en Europe de l’Est et sous-investissement en France).
- Casino : −35,9 % (reflet de la crise financière majeure et des désinvestissements massifs du groupe en 2023).
Source : Presse Agence, « Grande consommation, où sont les profits ? », oct. 2025 ; Carrefour – Résultats FY 2024.
Données de référence par acteur
| Acteur | Données de référence (2022–2023) | Source |
| Yara International (engrais) | ROCE 2022 : ~22 % (pic post-Ukraine) ; 2023 : ~4–6 % (chute des prix) | Rapports annuels Yara / Eulerpool |
| Agriculteurs France | RCAI/ETP moyen 2022 : 56 k€ (+28 %) ; 2023 : baisse de 11 % en termes réels. ROCE estimé 3–8 % | RICA 2022–2023, Agreste – Min. Agriculture |
| Coopératives céréalières | EBITDA/CA 3,31 % (2023) ; CAF/CA 1,64 % ; ROCE estimé 3–6 % | HCCA, données publiées jan. 2025 |
| IAA France (moyenne) | ROCE 10,2 % en 2023 ; marge nette 3,5 % (Banque de France, 2025) | ANIA / Banque de France jan. 2026 |
| Grande distribution indépendante | ROCE 14,9 % en 2023 (Leclerc, Intermarché, Système U) | Étude grande consommation, Presse Agence, oct. 2025 |
| Grande distribution intégrée | ROCE moyen −4,9 % (Casino, Auchan plombent) ; Carrefour : +4,1 % | Idem |
Lecture stratégique : qui capture la valeur ?
L’analyse ROCE révèle une logique de capture de valeur profondément déséquilibrée dans la filière agroalimentaire française, que l’on peut synthétiser en trois observations :
- Le pouvoir de marché, pas l’intensité capitalistique, détermine le ROCE
La grande distribution indépendante affiche le ROCE le plus élevé avec la plus faible immobilisation d’actifs. À l’inverse, les agriculteurs immobilisent le plus de capital (foncier, machines) pour la rentabilité la plus basse. La valeur n’est pas là où elle est créée physiquement, mais là où le rapport de force commercial est le plus favorable.
- La loi Égalim : un rééquilibrage partiel mais insuffisant
Les dispositions Égalim 2 (2021) et la montée en puissance du SRP+10 ont permis aux IAA de redresser leur ROCE de 7,7 % (2019) à 10,2 % (2023). Mais l’étude Banque de France/ANIA (jan. 2026) confirme que la marge nette reste deux fois inférieure à la moyenne manufacturière, et que le premier semestre 2025 marque un nouveau décrochage.
- Les coopératives industrialisées : un ROCE dissimulé, une capture de valeur réelle
La lecture naïve du modèle coopératif — « les coopératives redistribuent tout aux membres » — ne s’applique plus aux grands groupes. Tereos dégage un ROCE de 14–18 % sur ses exercices 2022–2024, avec 836 M€ d’EBIT récurrent et 7,14 Md€ de CA. Les structures en filiales permettent une capture de valeur par le management et l’appareil industriel, au détriment de la transparence envers les coopérateurs agriculteurs. La concentration en cours — potentielle fusion Agrial-Terrena à 12 Md€ de CA — ne fera qu’amplifier ce phénomène.
Implications pour l’analyse de transformation IA
Dans le cadre d’une analyse d’impact de l’IA sur la chaîne de valeur agroalimentaire, la structure du ROCE oriente les priorités d’investissement :
- Amont – fabricants : Engrais / intrants : l’IA en optimisation de procédés (formulation, logistique) est rentable mais secondaire face aux enjeux de décarbonation (ammoniac vert). Le ROCE très volatile incite à des IA de pricing et de gestion du risque énergétique.
- Amont – agriculteurs : L’IA à l’exploitation (agriculture de précision, drones, modèles prédictifs) permet de réduire le poste intrants (30–40 % des charges) et d’améliorer les rendements. ROI mesurable à 2–5 ans. C’est le levier le plus puissant pour améliorer un ROCE structurellement bas.
- Coopératives : Les grands groupes coopératifs industrialisés (Tereos, InVivo, Agrial) ont un ROCE réel de 10–18 % et des ressources pour investir en IA — mais leur opacité comptable et leur gouvernance complexe freinent les décisions. Pour les coopératives de collecte (ROCE 1–4 %), l’IA doit être mutualisée à l’échelle de filière pour être rentable. L’enjeu de transparence des données est ici double : vis-à-vis des agriculteurs membres, et vis-à-vis des marchés.
- IAA : L’IA en R&D, en optimisation de production et en supply chain permet de dégager des points de marge sur un secteur où chaque 0,1 % de marge représente ~460 M€. Les IAA sont sous-investies en IA, ce qui constitue un risque compétitif croissant.
- Distribution : Le ROCE élevé des indépendants repose sur un modèle data-driven (merchandising, pricing dynamique, personnalisation). Leclerc et Intermarché ont déjà des avantages data structurels. La pression concurrentielle des pure players (Amazon Fresh, Ocado) impose une accélération.
Sources et références
Les données présentées dans ce document reposent sur les publications officielles et études sectorielles suivantes :
- Agreste / Ministère de l’Agriculture – Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA), résultats 2022 et 2023. Commission des Comptes de l’Agriculture de la Nation, décembre 2023.
- HCCA (Haut Conseil de la Coopération Agricole) – Données financières coopératives céréalières 2022–2024, publiées janvier 2025.
- Tereos SCA – États financiers consolidés IFRS, exercices clos le 31 mars 2023 et 31 mars 2024. Communiqués de presse résultats annuels 2022/23 et 2023/24.
- ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires) / Banque de France – Étude sur la rentabilité des entreprises agroalimentaires 2018–2024, publiée janvier 2026.
- Presse Agence – « Grande consommation, où sont les profits ? », octobre 2025. Étude sur le ROCE par type de distributeur, exercice 2023.
- Carrefour Group – Communiqué de résultats FY 2024, février 2025. ROC France : 1 042 M€, marge 2,6 %.
- Danone – Résultats annuels 2024. ROIC en double digit retrouvé.
- Yara International – Rapports annuels 2022 et 2023 ; données Eulerpool et Yahoo Finance.
- Usine Nouvelle – « Les coopératives agricoles françaises, colosses aux pieds d’argile », mai 2025.
- Terre-net / The Conversation – « Toutes pour une, une pour toutes, les coopératives agricoles françaises s’unissent », février 2026. Données HCCA sur endettement et concentration.
- Bastamag – Enquête « Comment les coopératives agricoles reproduisent la loi de la jungle néolibérale ». Données sur gouvernance et rémunérations.
- Assemblée nationale – Amendement CF873 (15e législature) : données Dirca 2018 sur rémunérations des dirigeants de coopératives agricoles.
- Nicolas Legendre – « Silence dans les champs », Éditions Fayard, 2022. Prix Albert-Londres 2023. Documentaire « Violence dans les champs », France 5, mai 2026.
- INRAE – « Résultat économique des exploitations agricoles et revenu des agriculteurs : une très grande hétérogénéité », février 2024.
- fr / Les Marchés – Analyse financière IAA Crédit Agricole, bilans 2021 (ROCE hors vins et spiritueux : 5,8 %).
Note méthodologique : Le ROCE est calculé comme EBIT / (Actif total – Dettes courantes). Pour les coopératives et exploitations agricoles, des proxies (EBE, CAF, RCAI) ont été utilisés en l’absence de données EBIT directement publiées. Pour Tereos, le calcul repose sur les états financiers consolidés IFRS publiés. Les ROCE des autres grands groupes coopératifs (Agrial, InVivo, Cooperl) sont des estimations basées sur des données partielles — leurs comptes consolidés n’étant pas accessibles au public avec le niveau de détail des groupes cotés. Les fourchettes présentées reflètent la variabilité sectorielle et ne constituent pas des données d’audit.